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Obligations chinoises : les périodes éprouvantes peuvent-elles contribuer à une transformation ?

Publié le 04 Janvier 2022 - Mis à jour le 04 Janvier 2022

On dit souvent que lorsque l’économie américaine éternue, le reste du monde s’enrhume. Toutefois, cette année, il n’aura pas échappé aux observateurs que ce sont les inquiétudes concernant la Chine qui ont eu des répercussions mondiales. Plusieurs événements de crédit n’ont pas été sans rappeler les crises passées (notamment celle des subprimes aux États-Unis en 2008), les réformes réglementaires massives ont suscité des craintes chez les investisseurs internationaux et la reprise post-Covid-19 a accéléré les tendances de démondialisation et contraint la banque centrale chinoise à adopter une approche contraire à celle de ses homologues mondiaux.

À l’Ère de la Transformation, la domination croissante de la Chine sur la scène internationale devrait devenir un thème d’investissement majeur. C’est pourquoi les événements en Chine devraient désormais avoir des répercussions plus larges et plus marquées. Les investisseurs doivent-ils donc tenir compte des turbulences à court terme ou rester concentrés sur les opportunités de croissance à plus long terme ?

Des interventions réglementaires positives ?

Au cours de l’année écoulée, le gouvernement chinois a durci certaines réglementations dans plusieurs secteurs clés, notamment l’éducation et la technologie, afin d’empêcher les abus de marché et de renforcer la surveillance. Ce tour de vis réglementaire a eu un impact négatif sur le sentiment des investisseurs, mais il faut savoir que la réglementation chinoise était auparavant moins stricte que celle des autres marchés. En outre, les mesures prises par la Chine à l’égard du secteur technologique vont dans le sens des efforts déployés par l’UE et les États-Unis pour lutter contre l’omnipotence des grands groupes technologiques. Dans ces conditions, le renforcement des règles dans les domaines de l’antitrust, des fintech, des marchés de capitaux, de la sécurité des données et de l’égalité sociale montre-t-il simplement que les autorités ne cherchent qu’à rattraper leur retard, et ces mesures permettront-elles de contenir le risque systémique et d’empêcher une croissance désordonnée du capital ?
Ce n’est pas la première fois depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping en 2013 que les autorités interviennent pour stabiliser la dette et la croissance de la productivité, et pour lutter contre la corruption. Si l’histoire se répète, les actifs chinois – après quelques épisodes baissiers à court terme – devraient amorcer un rebond durable. Si ce scénario se confirme, le moment pourrait être venu d’investir en Chine via les technologies, les biotechnologies, l’aéronautique, l’intelligence artificielle, les voitures électriques et les entreprises proposant des produits de consommation de qualité.

Savoir accepter les défauts de paiement dans le secteur immobilier

Les récents problèmes de dette des grands constructeurs de logements chinois ont déclenché toute une série de baisses de notations de crédit et porté la prime de risque des entreprises les plus fragiles à des niveaux record. En particulier, les difficultés financières d’un grand promoteur immobilier possédant plus de 300 milliards de dollars de dettes et 1 300 biens immobiliers1 ont ébranlé les marchés et suscité de vives inquiétudes quant aux effets systémiques et de contagion potentiels. La valeur du secteur immobilier chinois s’élevant à 5 000 milliards de dollars2 et représentant environ un quart de l’économie du pays, les investisseurs ont-ils raison de s’inquiéter ?
Les risques inhérents à l’expansion du secteur immobilier chinois, souvent lourdement endetté, ne sont pas dénués de fondements mais, une fois encore, l’absence d’intervention des autorités chinoises laisse à penser qu’elles s’efforcent de profiter de la situation pour réorienter leur économie et mettre un terme aux pratiques laxistes du passé. Au cas où une crise plus systémique devait émerger, les autorités monétaires chinoises ont déjà démontré qu’elles savaient gérer les tensions financières d’origine interne, et il est fort probable qu’elles n’hésiteront pas à fournir des aides ciblées pour éviter une crise du système financier. Quoi qu’il en soit, la situation doit être surveillée attentivement.

La démondialisation, quelle démondialisation ?

En dehors de ces tensions intérieures, les tensions sino-américaines n’ont pas diminué sous l’administration de Joe Biden et les programmes de relocalisation de l’appareil productif dans le sillage de la pandémie ont renforcé les préoccupations des investisseurs, qui craignent que la Chine ne pâtisse d’une certaine forme de démondialisation.
Jusqu’à présent, les preuves allant dans ce sens se font rares. Loin de se contracter, les investissements directs étrangers en Chine ont augmenté de 19,6 % en glissement annuel jusqu’en septembre dernier3 , en particulier dans les services de haute technologie et l’industrie manufacturière, ce qui laisse à penser que les craintes de démondialisation sont quelque peu exagérées. Par ailleurs, le commerce bilatéral entre les États-Unis et la Chine a augmenté, même si la Chine n’a pas respecté les engagements pris lors de la première phase de négociation.

Parallèlement, les chaînes d’approvisionnement se sont étendues à l’ensemble du marché asiatique, ce qui signifie que la région – et non plus la Chine seule – est devenue « l’usine du monde », même si l’Empire du milieu reste l’acteur dominant. En substance, plutôt que d’acheter moins en Chine et/ou de s’en dissocier complètement, de nombreuses entreprises adoptent une stratégie de diversification des risques que l’on pourrait baptiser « la Chine mais pas que ». Autrement dit, elles continuent à produire en Chine pour le marché intérieur, tout en déplaçant certains moyens de production ailleurs (principalement dans la région de l’ASEAN).

Les banques centrales adoptent des approches divergentes

La politique monétaire est un domaine dans lequel la Chine fait vraiment figure d’exception parmi les grands pays du monde. Le rythme de croissance de la Chine a chuté cette année, en partie à cause du durcissement réglementaire du gouvernement. Contrairement aux autres banques centrales, qui tentent désespérément d’apaiser les craintes d’un prochain resserrement monétaire dans un contexte d’inflation croissante, la Banque populaire de Chine (PBoC) a décidé d’assouplir sa politique et d’injecter davantage de liquidités dans le système financier chinois. Selon toutes vraisemblances, la PBoC va poursuive cet assouplissement sélectif en s’appuyant sur sa grande flexibilité pour gérer les risques macroéconomiques et équilibrer ses objectifs politiques.
Les politiques macroéconomiques divergentes entre la Chine et d’autres grands pays, notamment les États-Unis, ont accru la volatilité des marchés. Alors que les opérateurs craignent que le ralentissement de la croissance chinoise ne se répercute sur l’Asie, les mesures prises par la PBoC devraient finir par atténuer les risques baissiers, stabiliser la croissance et soutenir l’ensemble de la région. Malgré cela, des erreurs de pilotage des politiques sont possibles. Le changement de cap de la Chine pourrait paralyser la croissance de manière inattendue ou, alors, l’inflation américaine pourrait augmenter et se révéler plus persistante que prévu. Les investisseurs doivent continuer à surveiller de près cette situation.

Les actifs chinois : un pari à long terme empreint de sélectivité

À court terme, les actifs chinois seront très probablement plus volatils que le reste du marché, car les autorités chinoises vont poursuivre leurs efforts pour réorienter l’économie. Néanmoins, la pérennité du pays en tant que thème d’investissement à long terme ne fait guère de doute.
Si les « vieilles » industries restent sous surveillance, les secteurs qui répondent au rythme soutenu de la demande chinoise, ceux qui tirent parti des mutations des chaînes d’approvisionnement et les industries manufacturières et de haute technologie à forte valeur ajoutée devraient continuer à tirer leur épingle du jeu. Et au profit des investisseurs internationaux, la Chine continue d’ouvrir son économie et ses marchés de capitaux. A terme, cela signifie que les performances des actifs chinois seront sûrement davantage déterminées par les forces du marché.

S’agissant des obligations chinoises, les investisseurs internationaux n’ont eu que récemment accès à ce marché d’environ 15 000 milliards de dollars, le deuxième plus grand marché obligataire au monde. Les trois principales agences de notation étant désormais autorisées à évaluer la dette chinoise, un nombre accru d’investisseurs étrangers pourraient se porter à l’achat. En outre, la récente vague de défauts obligataires pourrait finalement être une bénédiction déguisée montrant que les autorités ne veulent plus soutenir les entreprises défaillantes ou « zombies ».

Investir en Chine pour la Chine

Comme nous l’avons vu cette année, la Chine est en train d’acquérir un potentiel d’investissement que nul ne peut ignorer. Toutefois, les investisseurs intéressés doivent eux aussi accomplir quelques tâches. Même si le marché chinois a incontestablement gagné en maturité, il n’est pas aussi stable que ses homologues plus développés et pourrait encore réserver de mauvaises surprises.
Chez BNP Paribas Asset Management, notre processus d’investigation implique que nous explorions tous les angles pour déceler les meilleures opportunités d’investissement pour nos clients. Nos experts en investissement ont identifié trois tendances structurelles à long terme en Chine qui devraient résister à l’épreuve du temps, indépendamment de la pandémie ou de nouvelles tensions commerciales sino-américaines :

Source : BNP Paribas Asset Management

1 https://investors-corner.bnpparibas-am.com/markets/market-weekly-confidence-in-storm-hit-china-should-return-listen-or-read/
2 https://investors-corner.bnpparibas-am.com/markets/market-weekly-confidence-in-storm-hit-china-should-return-listen-or-read/
3 https://tradingeconomics.com/china/foreign-direct-investment

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