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Investir pour faire face à l'insécurité alimentaire mondiale

Publié le 19 Juillet 2022 - Mis à jour le 19 Juillet 2022
Arnaud Tellier
CEO Asie Pacifique, BNP Paribas Wealth Management

Résoudre la crise alimentaire mondiale nécessite du temps, de l'argent et des actions individuelles.

Le blocus des céréales et le conflit russo-ukrainien ont fait de l'insécurité alimentaire mondiale l'une des questions les plus urgentes au Forum économique mondial de Davos cette année. Cette crise ne peut être résolue du jour au lendemain : le changement climatique menaçant les rendements agricoles, la nécessité d'un système alimentaire mondial plus durable et plus résilient devraient rester dans l’esprit de tous les investisseurs.

Prenant la parole au Forum économique mondial à Davos, David Beasley, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (WFP), a lancé un avertissement sévère sur l'approvisionnement alimentaire mondial. En raison du conflit en cours en Ukraine, il prévoit des problèmes massifs de transformation des produits alimentaires au cours des 10 à 12 prochains mois, qui entraîneront la faim, la famine et un problème mondial de disponibilité alimentaire.[1]

BNP Paribas Wealth Management avait précédemment fait de la sécurité alimentaire un thème majeur pour 2022, et les commentaires du chef du WFP montrent clairement qu'il s'agira d'une tendance pluriannuelle.[2] En effet, l'amélioration de l'approvisionnement alimentaire mondial est déjà l'objectif 2 de développement durable de l'ONU, qui vise à éradiquer la faim, à améliorer la nutrition et à promouvoir une agriculture durable. Pourtant, la faim a touché plus de 720 millions de personnes en 2020, selon les données de l'ONU, et le changement climatique  aggrave le problème. [3] D'ici à 2050, les effets des changements climatiques pourraient déplacer jusqu'à 216 millions de personnes, selon les estimations de la Banque mondiale.[4]

Pour résoudre la crise alimentaire, il faut des investissements massifs : l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Centre de recherche pour le développement (ZEF) de l'Université de Bonn estiment que l'élimination de la faim d'ici à 2030 nécessitera un investissement annuel total de 39 à 50 milliard de $.[5]

Des choix durables

Assurer un accès mondial à l'alimentation prendra du temps, de l'argent et des nouvelles technologies. Des investissements individuels peuvent contribuer à faire la différence.

Pour la plupart des investisseurs, les fonds offrent la voie la plus accessible et la plus rentable pour diriger les capitaux vers des usages positifs. De nombreux investissements ESG incluent des entreprises du secteur de l'alimentation et de l'agriculture, mais il existe également des options plus ciblées, comme les fonds indiciels cotés (ETF) liés à AgTech et les sociétés d'innovation alimentaire dont la croissance et l'efficacité nécessitent des capitaux frais.

L'apport de capitaux de croissance pour les jeunes pousses prometteuses offre aux investisseurs un engagement plus étroit avec les entreprises développant des produits et services innovants. Bien que l'investissement direct puisse s'avérer difficile pour les investisseurs qui apprécient la liquidité, l'industrie du Private Equity (PE) offre une gamme croissante de fonds axés sur l'alimentation et l'agriculture qui considèrent la durabilité comme une source de création de valeur. Cela suppose de trouver des bénéficiaires de financement appropriés, de répartir les risques et d'assumer toutes les tâches de gestion pour le compte des investisseurs.

Quel que soit le format, les investisseurs qui souhaitent faire la différence peuvent se tourner vers des fonds qui investissent dans des solutions de lutte contre la malnutrition, via une irrigation plus efficace de l'eau, des engrais et des technologies pour augmenter le rendement des cultures, un meilleur transport alimentaire pour éviter les déchets et des entreprises qui luttent contre les déchets alimentaires.

La touche personnelle

Pour compléter l'investissement à impact (ou impact investing), les individus peuvent également œuvrer dans leur vie quotidienne – en commençant par leur alimentation. La production de viande et de produits laitiers occupe 30 % de la surface terrestre de notre planète et 70 % de l'ensemble des terres agricoles - et représente 8 % de l'utilisation de l'eau par les humains.[6]  Il a été démontré que consommer des aliments végétaux ou réduire la quantité de viande absorbée sont bénéfiques pour la santé et favorisent des méthodes de production plus respectueuses de l'environnement.

Faire en sorte que les déchets ménagers soient recyclés autant que possible peut également avoir des effets positifs. Au niveau mondial, pas moins de 40 % des denrées alimentaires produites sont gaspillées, générant 10 % des émissions de gaz à effet de serre.[7]

La philanthropie permet également aux individus d'avoir un impact durable. De nombreuses entreprises à but non lucratif et sociales offrent des possibilités d'engagement pratique - de la contribution à la distribution alimentaire à l'apprentissage du compost - et des organisations telles que les banques alimentaires comptent beaucoup sur les donateurs individuels. Pour ceux qui ne peuvent faire du bénévolat, beaucoup de ces organisations acceptent des dons et organisent des événements de parrainage. Rien qu'à Singapour, plusieurs organisations saluent les contributions : l’association à but non lucratif Food from the Heart fonctionne depuis 2003. [8] À la fin de 2020, elle avait attiré plus de 10 000 volontaires et aidé 53 700 bénéficiaires à Singapour.                                                                                                           

Les individus peuvent également contribuer à provoquer un changement systémique en diffusant les bienfaits d'un mode de vie plus durable. Les efforts de Singapour dans ce domaine illustrent l'importance d'un large soutien à ce changement d'état d'esprit. L'initiative 30 à 30, qui vise à produire localement 30 % des besoins nutritionnels de la ville d'ici 2030, rassemble les secteurs public et privé et est renforcée par les programmes scolaires et éducatifs publics.[9]

Le sujet de la sécurité alimentaire restera d'actualité pour les investisseurs longtemps après la levée des blocus céréaliers et des interdictions d'exportation - mais les façons dont les individus peuvent apporter leur aide se multiplient, depuis des gestes simples à domicile en passant par les dons ou en réalisation des investissements plus conséquents. Alors que les économies se reconstruisent après la pandémie, nous pouvons contribuer à ce que de moins en moins de personnes meurent de faim dans le monde à l'avenir.


[1] https://www.ft.com/content/d9402949-12e5-4cdb-b219-8446ae71c44a

[2] https://wealthmanagement.bnpparibas/en/expert-voices/security-is-the-new-watchword.html

[3] https://www.weforum.org/agenda/2022/03/global-food-security-challenges-solutions/

[4] https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2021/09/13/climate-change-could-force-216-million-people-to-migrate-within-their-own-countries-by-2050

[5] https://sdg2advocacyhub.org/actions/donors-must-double-investment-end-hunger

[6] https://globalforestcoalition.org/campaigns/unsustainable-livestock-production/

[7] https://www.weforum.org/agenda/2022/06/recycling-global-statistics-facts-plastic-paper

[8] https://www.foodfromtheheart.sg/about/

[9] https://www.ourfoodfuture.gov.sg/30by30


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Arnaud Tellier
CEO Asie Pacifique, BNP Paribas Wealth Management

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